Ricardo Sá Pinto, le délit de sale gueule !

Ricardo Sao Pinto

À l’époque, l’annonce de l’arrivée de Ricardo Sà Pinto à la tête du Sporting Clube de Braga avait fait couler beaucoup d’encre. Qualifié comme étant illégitime et considéré comme une régression, ce dernier était venu remplacer Abel Ferreira, parti précipitamment et très tardivement pour Salonique et le PAOK, le 1e juillet dernier. Décrit comme un coach colérique, sans fond de jeu et difficile à gérer, nous avions perdu sa trace malgré un passage plutôt réussi en Belgique avec le Standard de Liège (Vainqueur de la Coupe et Vice-Champion).

Presque 5 mois après son arrivée dans le Minho, je cherche à l’aide de cet article, à faire mon Mea Culpa. J’admets que certains éléments, tel que mon manque de connaissance, mon obscurantisme vis-à-vis de cet entraîneur et surtout sa réputation, ont été le fruit de choses qui n’aurait pas dû être dites, sans au moins lui laisser sa chance. Malgré une 9e place au bout de 11 journées me direz-vous ? Bien sûr et il est temps de s’en expliquer !

Versatilité au niveau tactique

Braga possède un groupe bien rodé depuis la promotion d’Abel à la tête de l’équipe première, en avril 2017. Fini le poncif « Ils vendent tout le monde à chaque mercato d’été et trouvent le moyen de toujours bien recruter ». Oui, Braga recrute toujours aussi bien mais conserve dorénavant plus longtemps ses cadres : Wilson arrivé en 2015, Ricardo Horta en 2016, Bruno Viana, Fransergio, Raul Silva ou encore Paulinho en 2017. Lors du dernier mercato, seul le départ de Dyego Sousa peut être considéré comme la perte d’un joueur cadre.

Ricardo Sà Pinto a donc en sa disposition, un effectif d’ores et déjà doté d’une grande culture tactique, prêt à être compétent à chaque moment du match. Certes, les dynamiques ont changé en même temps que l’entraîneur (4-4-2 en phase défensive et 3-4-3 en phase de construction sous Abel Ferreira ; 4-5-1 ou 4-4-2 sans ballon, 4-3-3 avec le ballon sous Sá Pinto.) mais l’idée globale reste la même : savoir exactement quoi faire à chaque moment du match! Ce que Sá Pinto a apporté en plus c’est :

  • Un renforcement de la transition défensive de l’équipe : Braga est une équipe beaucoup plus encline à réagir plus vite à la perte du ballon et à moins chercher à se repositionner directement après la perte de celui-ci en organisation défensive.

  • Un renforcement des phases de construction de l’équipe : là où lors de la deuxième saison d’Abel, Braga avait trop tendance à chercher la profondeur selon des transmissions courtes ou longues, Sá Pinto recherche une équipe plus calme, qui prend plus de risques avec le ballon si l’équipe adverse presse pour avoir ainsi le contrôle du rythme du match par la possession.

  • Une équipe capable de s’adapter à plusieurs organisations structurelles : alors qu’Abel ne dérogeait jamais de son 4-4-2 en phase défensive et de son 3-4-3 en phase offensive, Sá Pinto a apporté un peu de plus de pluralité. Aujourd’hui, même si l’équipe s’est plus souvent organisée en 4-3-3 car il s’agit du système travaillé depuis la pré-saison, celle-ci a démontrée face à Santa Clara et Famalicão qu’elle était capable de se réorganiser, parfois même en cours de match, en 4-4-2 avec et sans le ballon, recréant le duo extrêmement complémentaire Paulinho/Wilson Eduardo.

De plus, c’est l’aspect stratégique et cette capacité à s’adapter à l’adversaire qui reste aussi dans la continuité du travail d’Abel. La semaine post-trêve internationale de novembre en est la preuve. Capacité à dominer territorialement avec le ballon le Besiktas JK à domicile en Europa League, puis à laisser le ballon 2 jours plus tard au Vitoria SC lors du Derbi Do Minho, où le Sporting Clube de Braga a été létale en transition offensive. Alors pourquoi les résultats en championnat suivent difficilement un travail tactique au même niveau voir même plus plaisant au niveau esthétique que la saison passée ?

Ricardo Sá Pinto, le délit de sale gueule !

Un manque d’efficacité et des adversaires toujours aussi difficile à désorganiser

La première raison est un manque d’efficacité assez impressionnant en championnat de la part de Braga et un réalisme excessif de ses adversaires cette saison. Pour témoigner de ce constat, nous allons utiliser l’indicateur statistique très utilisé actuellement dans le monde du foot : les Expected Goals. La traduction simple donne « Buts Attendus » , ils mesurent ainsi la qualité d’un tir en fonction de plusieurs variables telles que le type de passe décisive, l’angle de tir, la distance par rapport au but, s’il s’agit d’un tir avec la tête et s’il a été défini comme une grande opportunité de but.

Après 11 matchs de championnat, Braga selon cet algorithme aurait dû marquer aux alentours de 18,3 buts alors qu’en réalité, Braga n’en a en réalité marqué que 14. 4,3 buts d’un écart très important selon cette méthode signe de la sous performance au niveau de l’efficacité. À contrario, Braga a dans la réalité encaissé 15 buts en Liga NOS cette saison pour 12,9 xG (expected goals) signe que les adversaires face à Braga sont plus réalistes.

Cela traduit aussi la capacité de Braga à donc se créer des occasions ce qui est plutôt bon signe dans le jeu mais à ne pas les convertir en championnat. Tout le contraire en Europa League puisque Braga a marqué 8 buts en 4 matchs de phase de groupes alors que les expected goals sont à seulement 5,4. On en vient à notre deuxième raison : le comportement des adversaires en championnat face au club de la capitale du Minho.

En effet le plus grand mal du Sporting Clube de Braga lors de cette décennie reste le comportement des adversaires en championnat ! Boavista, Setubal ou encore le Maritimo en sont de bons exemples cette saison. 3 matchs durant lesquels le club n’a empoché qu’un seul point, 3 matchs durant lesquels les joueurs ont fait face à des blocs extrêmement bas et compacts. Et c’est aussi face au seul adversaire européen qui a joué de cette façon, le Slovan Bratislava, que Braga a perdu ses 2 seuls points en phase de groupe d’Europa League cette saison.

Braga est rentré depuis plus de 10 ans et le passage de Jorge Jesus dans une nouvelle sphère : celle de l’équipe ambitieuse tant au niveau global du club qu’au niveau du jeu. Braga doit donc jouer comme un grand au Portugal sans avoir les moyens d’un grand ! Abel avait sensiblement conjuré ce sort sur les récentes années lors de sa première saison, ce qui avait permis à Braga de jouer jusqu’à la dernière journée le podium, arrivant à gagner dans des stades où historiquement il est très dur de s’imposer : Moreirense (0-1, octobre 2017), Boavista (1-3, janvier 2018) ou encore Paços Ferreira (1- 5, avril 2018). Sá Pinto n’a pas encore trouvé la formule pour remporter ce genre de rencontre face aux organisations défensives positionnées en bloc médian/bas. Un axe de progression évident.

Ricardo Sá Pinto, le délit de sale gueule !

Une réputation qui le précède

Alors pourquoi au moindre revers, Sà Pinto sera néanmoins cette année, toujours contesté ? Premièrement parce que la majorité des supporters de Braga n’en voulait pas ! La réputation décrite auparavant dans l’article s’est réellement fait ressentir. Il d’ailleurs important de souligner le fait qu’un moins avant, Carlos Carvalhal, enfant de la ville et du club de Braga, était pressenti pour peut-être reprendre les rênes de l’équipe, avant de finalement rejoindre Rio Ave en sachant qu’Abel allait rester.

Au Portugal, la compréhension du jeu n’est réservée qu’à seulement une poignée de personne, ne leur donnez alors que des résultats, les supporters de Braga n’y font pas exception. Deuxièmement parce que les journalistes et même les quelques observateurs aguerris qui disaient qu’il était incohérent de penser à la fois à Silas et à Sá Pinto en terme de profil pour remplacer Abel, ont beaucoup plus de mal admettre la qualité des performances des rouges et blancs. Les médias ne feront pas preuve de beaucoup d’indulgence envers Sá Pinto, malgré son parcours européen quasi parfait.

Car c’est ce parcours en Europa League qui donne espoir ! Montrer autant de caractère à Moscou face au Spartak, à Wolverhampton pour affronter les Wolves ou à Istanbul face à Besiktas, tout en y associant autant de ressources tactiques et en obtenant à la fois des résultats et des performances tantôt collectives qu’individuelles, n’est pas chose aisée. Cette belle campagne européenne est un réel motif d’espoir quant à la suite de la saison de Braga. Le club est d’ailleurs encore en course dans toutes les compétions qu’il joue. Ce constat aurait déjà dû donner beaucoup plus de crédit à Sá Pinto dans un football et notamment au Portugal, où le temps est une denrée de plus en plus rare.

Matthieu Monteiro

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