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Analyse

Comment João Cancelo est-il devenu le meilleur latéral de la planète ?

Formé à Benfica, révélé à Valence et dans une constante progression depuis, João Cancelo atteint des sommets et est aujourd’hui un joueur accompli.

Après une première saison d’adaptation plutôt compliquée à Manchester, João Cancelo est aujourd’hui l’un des joueurs les plus attrayants à voir évoluer sur un terrain de football. En Premier League ou sur la scène européenne, le portugais frôle l’excellence. Latéral droit, latéral gauche, au milieu, il interprète à merveille tous les postes et les rôles qui lui sont attribués.

Conscient de ses immenses qualités, Pep Guardiola maximise l’apport de Cancelo, qui casse alors l’image que l’on donne d’un latéral. Celle d’un joueur, qui doit prendre son couloir, et enchaîner sans cesse des aller-retour. Dans le cas du portugais, il n’en est rien. Lors des offensives mancuniennes, il s’insère souvent dans le cœur du jeu afin de recevoir le ballon, parfois dos au but. Par son intelligence et son interprétation du jeu, il parvient très souvent à le distribuer à un coéquipier lancé, ou à percuter, déstabilisant ainsi les blocs adverses, parfois très bas et compacts.

Sa qualité de passe longue apporte très souvent du danger, d’autant plus lorsque elle est imprévisible. Il est également un grand adepte des centres rentrants vers le second poteau, et touche souvent sa cible (cf le but de Bernardo Silva face au Borussia Mönchengladbach). L’importance de Pep Guardiola a été primordiale dans son évolution, et lui même en acquiesce « Je sens que je suis un footballeur plus complet, autant techniquement que tactiquement (…) C’est un privilège de jouer sous les commandes de Pep Guardiola, il m’a beaucoup encouragé, je suis devenu un meilleur joueur. » En retour, Pep ne tarie pas d’éloges à son encontre, soulignant qu’il est « incroyable depuis le début de saison ».

João Cancelo lors de la défaite 2-0 de son équipe, lors du derby mancunien

Une première saison compliquée

Pourtant, ça n’a pas toujours été l’amour fou entre ces deux-là. Enrôlé dans un échange des plus surprenants, João Cancelo est arrivé à Manchester au cours du mercato estival 2019. Chez le double champion d’Angleterre en titre, João se voit barrer la route par Kyle Walker. S’il n’est pas le plus clinquant des latéraux, l’international anglais reste une valeur sûre pour Pep Guardiola, qui ne compte pas le déloger de sitôt.

Au cours des premiers mois suivant son arrivée, Cancelo joue peu, et sa situation se tend. Sur 29 rencontres possibles, il n’est titulaire qu’à 10 reprises. Pire encore, l’entraîneur catalan prend la parole à son sujet et sous-entend qu’un départ du joueur n’est pas impossible « Il doit décider ce qu’il veut faire, s’il veut rester ici et se battre (pour sa place) ou s’il veut partir. » La suite de la saison se déroule quelque peu différemment. Il bénéficie davantage de temps de jeu, notamment pour dépanner à gauche, mais reste néanmoins toujours derrière dans la hiérarchie du poste de latéral droit.

Ce soucis de ne pas faire l’unanimité, de manquer d’un cadre stable, c’est quelque chose que Cancelo a connu durant ses deux saisons en Italie. Afin de comprendre au mieux le phénomène qu’il est, permettons-nous alors un petit retour dans le passé, plus particulièrement à l’époque où il évoluait à Valence. Là-bas, il s’y révèle comme étant l’un des prospects les plus prometteurs du championnat espagnol. On lui reconnaît d’énormes qualités techniques, mais également quelques lacunes défensives. Parfois, ces différents entraîneurs prennent alors le parti de le faire jouer ailier, afin de pallier ses carences. Après trois saisons, il quitte Mestalla, en pleure, pour rejoindre sous forme d’un prêt avec option d’achat, l’Inter Milan.

Aventure italienne

Très vite blessé, puis laissé sur le banc au profit de Danilo D’Ambrosio, João ne comptabilise aucune titularisation après 17 journées. Luciano Spalletti, alors entraîneur du club milanais, ne lui accorde que très peu de temps de jeu. Il se décide tout de même à le titulariser lors de la 18ème journée de Serie A, durant laquelle les Nerazzurri s’inclinent. Ce jour-là marque un tournant dans sa saison. Malgré la défaite, l’international portugais a enfin retenu toute l’attention de son coach. Sur les 20 rencontres suivantes, il est titulaire à 19 reprises. Week-end après week-end, il brille sur les pelouses italiennes, le numéro 7 qu’il arbore lui va alors à ravir.  

João Cancelo célébrant la victoire de l’Inter face à la Lazio, lors de la 38ème journée de Serie A

Lors de la dernière journée, l’Inter parvient miraculeusement à décrocher une place pour la Ligue des Champions. João Cancelo, Icardi et Rafinha, venu renforcer le club au cours du mercato hivernal, ressortent comme étant les principaux artisans de cette qualification. Malgré cette place européenne, l’Inter n’est pas en mesure de lever l’option d’achat. La Juventus saute alors sur l’occasion et débourse les 40M d’euros demandés par Valence.

En rejoignant un club aussi populaire, Cancelo voit les projecteurs du grand public se braquer sur lui. Le monde entier se délecte alors de ses performances, on peine presque à lui trouver des défauts. Sa qualité de passe, courte ou longue, ses déboulés sur son couloir, son amour du dribble font de lui un danger permanent pour les défenses adverses. Arrivé en même temps que son compatriote Cristiano Ronaldo, une relation s’installe entre les deux sur le terrain, et le quintuple Ballon d’Or est souvent la cible de ses centres. 

La fin de saison de la Juventus est ternie par leur élimination en 1/4 de Ligue des Champions face à l’Ajax. Beaucoup garderons néanmoins en tête le magnifique match retour de João Cancelo face à l’Atletico (3-0), alors qu’il avait été laissé sur le banc lors de la confrontation aller. Durant cette période, des rumeurs sur une possible relation conflictuelle avec Massimiliano Allegri font surface. Sans trop savoir s’il existe une corrélation entre les deux, il baisse en rendement au cours des derniers mois, alterne le bon et le moins bon et enchaîne les performances en dent de scie. À la fin de la saison, le latéral finit par quitter le club turinois pour rallier l’Angleterre. 

Quid de la sélection ?

À l’Inter puis à la Juventus, Cancelo n’a pas pu voir sa situation se stabiliser. En enchaînant une deuxième saison à Manchester, il a donc enfin pu trouver l’équilibre dont il avait besoin. Pour qu’il soit en pleine mesure de ses capacités, il faut qu’il se sente aimé, aidé, c’est un joueur qui marche à la confiance. En plus d’avoir un coach sur qui compter, il est entouré de quelques joueurs qu’il connaît bien, notamment les deux autres portugais de l’effectif, que sont Rúben Dias et Bernardo Silva. Coéquipiers qu’il retrouvera d’ailleurs en sélection dans quelques jours, dans le cadre des trois rencontres de la phase de qualification à la Coupe du Monde. 

João Cancelo et Bernardo Silva en 2016, durant la rencontre opposant le Portugal et le Gilbraltar

International portugais depuis 2016, João aura sûrement à cœur de disputer, en tant que titulaire, sa première grosse compétition internationale (l’Euro arrivant dans quelques mois). Au Portugal, il ne compte « seulement » que 21 sélections, car au cours des dernières années, il a souvent vu d’autres joueurs lui mettre des bâtons dans les roues. C’est à lui maintenant d’inverser cette tendance, d’imiter ses performances en club et de s’installer durablement et définitivement en tant que numéro un.

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